Espagne ensanglantée (1) :A Barcelone, l’invisible frontière de la guerre civile dansL’Intransigeant, 12 août 1936
Saint-Exupéry vole vers l’Espagne. Vu d’en haut, rien ne laisse supposer qu’à Figueras il y a eu des luttes, des exécutions, des saccage d’églises et des livres de prières brûlés. L’avion survole Gérone puis Barcelone. Dans la ville qu’il traverse à pied, il voit des bâtiments brûlés et des centaines de morts. Assis à la terrasse d’un café, il assiste à l’arrestation d’un supposé fasciste ; il sera fusillé un peu plus loin.
Espagne ensanglantée (2) Mœurs des anarchistes et scènes de rue à Barcelone, dansL’Intransigeant, 13 août 1936
Les anarchistes tiennent la ville. Dès qu’ils ont appris le soulèvement militaire, ils ont chargé au couteau des canonniers appuyés par des mitrailleurs. La victoire acquise, ils ont saisi les armes et transformé la ville en fortin. Ils se méfient du gouvernement républicain autant que des fascistes. Dans la confusion la plus totale, un gars a dénoncé un fasciste qui a été fusillé. On apprend qu’il ne l’était pas vraiment ; on fusille aussi celui qui l’avait dénoncé.
Espagne ensanglantée (3) Une guerre civile, ce n’est point une guerre, mais une maladie, dansL’Intransigeant, 14 août 1936
Dans une gare des troupes chargent des munitions en silence. Ils ne montent pas à l’assaut dans l’ivresse de la conquête, mais luttent sourdement contre une contagion : « Une foi neuve est semblable à la peste. Elle attaque par l’intérieur. » Les anarchistes, les communistes, les fascistes se ressemblent, vivent la même vie dans la même ville.
Espagne ensanglantée (4) A la recherche de la guerre, dansL’Intransigeant, 16 août 1936
À proximité du front, la ville de Lérida semble calme. Mais ceux qui oublient de fermer les volets avant d’allumer, ont les vitres brisées par un coup de fusil qui leur rappelle la consigne. La ligne de front est floue, on ne sait pas où sont les rebelles, qui contrôle quoi. Une fille de Barcelone, communiste, est venue lutter sur le front. Elle envisage de s’établir ici après la guerre : la vie à la campagne lui plaît. Le village d’en face est tenu par les ennemis. La guerre véritable ne se déroule pas ici, elle est dans la pensée : « c’est elle le grand espoir et le grand ennemi ».
Espagne ensanglantée (5) On fusille ici comme on déboise…. Et les hommes ne se respectent plus les uns les autres, dansL’Intransigeant, 19 août 1936
Saint-Exupéry arrive dans un village de montagne. Des fascistes, le curé, sa bonne, le sacristain et des petits notables ont été fusillés. Pépin, socialiste français chargé d’une mission humanitaire, tente de sauver des compatriotes religieux. Sur la route on entend une fusillade puis le calme revient. Des gens sont morts mais autour la vie continue. De retour à Barcelone, il passe à côté de maisons ravagées comme des termitières. Mais nous ne sommes pas des termites.
Madrid, Défense de Madrid, dans Paris-Soir, 27 juin 1937
Conduit par un lieutenant, Saint-Exupéry se rend en première ligne la nuit. Toutes les deux minutes un obus passe au-dessus de leurs têtes vers Madrid que l’on distingue à peine sous l’éclat de la lune. L’après-midi, il avait vu un de ces obus tuer une jeune fille. Ces représailles sont absurdes, il n’y a pas d’intérêt militaire à ces bombardements. Au contraire, à chaque coup de canon la résistance se renforce : « un forgeron géant forge Madrid ».
Madrid, La guerre sur le front de Carabancel, dans Paris-Soir, 28 juin 1937
Saint-Exupéry et son guide avancent vers les premières lignes de Carabancel. On prépare une attaque pour le lendemain, avec l’espoir de gagner une trentaine de maisons du village. Ils sont une dizaine à veiller. On boit, on raconte des histoires drôles, on joue aux échecs. Puis l’heure venue, ils boucleront leur ceinturon « et ils se jetteront dans les étoiles ».
Madrid, Hep ! Sergent ! Pourquoi es-tu parti ?dans Paris-Soir, 3 juillet 1937
L’attaque qui aurait fait reculer les canons a été décommandée. Au lever du jour la vie ordinaire reprend. Le sergent qui devait partir en premier dort encore. Il ne sait pas que l’attaque a été décommandée. À son réveil, on lui offre la vie, comme la grâce à un condamné à mort. Pourquoi cet homme accepte-t-il de mourir ? Dans l’épreuve, l’homme écoute l’appel d’une vérité souveraine. Celui qui a découvert ce qui est grand et transcendant en lui, n’a plus peur de mourir. Sa vie est remplie de sens, elle s’est accomplie.